Hinrichtung_Ludwig_des_XVI

Translation by Simon Danjou.

Beaucoup de personnes se réclament de la « non-violence ». Généralement, les gens revendiquent leur « refus » de l’usage de la violence, et la violence est perçue négativement par une majorité. La plupart refusent de faire une différence entre une violence juste et injuste. Certains, particulièrement pédants, s’enorgueillissent d’avoir dépassé la « culture de la violence » de leurs ancêtres. Ils disent que « la violence n’est jamais la réponse », qu’elle « ne résout jamais rien. »

Ils ont tort. Ils sont tous dépendants de la violence, dans leur vie de tous les jours.

Lors des élections, des gens de tous horizons font la queue pour déposer leurs bulletins, et ainsi ils espèrent influencer qui maniera la hache de l’autorité. Ceux qui souhaitent mettre fin à la violence – comme si c’était possible ou même souhaitable – cherchent souvent à désarmer les citoyens. Cela ne met absolument pas fin à la violence. En fait cela donne aux gros bras de l’État un monopole de la violence. Cela vous donne la « sécurité », dès lors que vous n’ennuyez pas le patron.

Tous les gouvernements – de gauche, de droite ou autre – sont par nature coercitifs. Ils se doivent de l’être.

L’ordre a besoin de violence

Une règle qui n’est pas appuyée, au final, par la menace n’est rien de plus qu’une suggestion. Les États reposent sur des lois appliquées par des hommes prêts à user de violence contre les hors-la-loi. Chaque taxe, code et obligation requiert une échelle progressive de punitions qui, au final, doivent se traduire par la saisie des biens ou l’emprisonnement en cas de résistance ou de refus d’obtempérer.

Chaque fois que Monsieur Dupont demande que la conduite en état d’ivresse, vendre des cigarettes aux mineurs, posséder un pit-bull ou ne pas appliquer le tri sélectif soit puni plus sévèrement, il demande en fait à l’État d’utiliser la violence pour imposer son point de vue. Il ne demande plus gentiment. L’existence de n’importe quelle loi : sur la famille, le port d’armes, l’urbanisme, la circulation, l’immigration, l’import-export ou la finance dépend à la fois de la volonté et des moyens que se donne le groupe pour faire respecter l’ordre par la force.

Quand un écologiste demande que nous « sauvions les baleines », il ou elle est en fait en train de dire que sauver les baleines est si important que cela justifie de faire du mal aux humains qui font du mal aux baleines. L’écologiste pacifique demande en fait au Léviathan d’autoriser le recours à la violence afin de protéger des Léviathans.

Si les dirigeants approuvent qu’il est en effet important de « sauver les baleines », mais refusent ensuite de punir les baleiniers, ou n’assortissent pas ces punitions de mesures coercitives par des actions policières ou militaires, « sauvez les baleines » ne restera qu’un vœu pieux. Les chasseurs de baleines pourront continuer en toute impunité, puisqu’ils ne risqueront rien.

Sans action, les mots restent des mots. Sans violence, une loi n’est qu’un vœu pieux.

La violence n’est pas la seule solution, mais c’est la dernière.

On peut convaincre grâce à la morale ou l’éthique, en appeler à la raison, l’émotion ou la compassion. Les gens peuvent être touchés par ces biais, et peuvent être persuadés – à condition que ce ne soit pas trop contraignant — de modérer ou modifier leur comportement.

Toutefois, la soumission volontaire d’un grand nombre d’individus finit toujours par créer une vulnérabilité exploitée par ceux qui n’ont que faire des normes sociales ou morales. Si chacun jette son arme à terre et refuse de la ramasser, le premier à la récupérer peut faire ce qu’il veut.

La paix sociale ne peut être maintenue que si chacun veut bien la respecter, et ce à chaque génération si chaque individu – même après que la loi du plus fort ne soit plus qu’un lointain souvenir – accepte de ne pas utiliser la violence. Pour toujours et à jamais. Aucun criminel ou malfrat ne doit jamais demander « Ou sinon quoi ? » car, dans une société entièrement pacifiste, la seule réponse possible serait « Ou sinon nous penserons que tu n’es pas très gentil et nous n’allons pas partager avec toi. »

Qu’est ce qui empêchera notre fauteur de trouble de dire : « Je m’en fous. Je prendrais ce que je veux. » ?

La violence est la dernière réponse à « Sinon quoi ? »

La violence est l’étalon-or, la réserve qui garantit l’ordre. En fait, elle est même plus importante que l’étalon-or, parce que la violence a une dimension universelle. La violence transcende les frontières philosophiques, religieuses, technologiques ou culturelles. Certains disent que la musique est un langage universel, mais un coup de poing vous fera mal, quel que soit votre langue ou le genre de musique que vous écoutez.

Si vous êtes enfermé dans une pièce avec moi, que j’attrape un pied-de-biche et que je fais mine de vous frapper avec, peu importe d’où vous venez, votre cerveau reptilien va immédiatement comprendre « sinon quoi ? ». Et à partir de là, un certain ordre se crée.

La compréhension de la violence est aussi basique pour un être humain que l’est l’idée que le feu brûle. Vous pouvez l’utiliser, mais vous devez la respecter. Vous pouvez la combattre, et parfois la contrôler, mais vous ne pouvez pas la faire disparaître. Comme les feux de forêt, parfois elle est inévitable et vous ne la verrez arriver que quand il est trop tard. Demandez aux Cherokee, aux Incas, aux Romanovs, aux Juifs, aux Confédérés, aux Barbares et aux Romains.

Ils ont tous connu « Ou sinon quoi ? ».

L’idée simple que l’ordre nécessite la violence n’est pas une nouveauté, mais pour certains, ça semble l’être. Le concept pourrait même rendre folles certaines personnes, qui chercheront alors toutes sortes d’arguments tordus pour contredire ce fait, parce que cela ne serait pas très « gentil ». Mais quelque chose n’a pas à être « gentil » pour être vrai. La réalité ne plie pas devant le sentimentalisme ou les rêves éveillés.

Notre société compliquée s’appuie sur une violence par procuration afin qu’une large majorité des gens puissent vivre toute leur vie sans avoir à s’en soucier ou même y penser, parce qu’on les en a éloignés. Nous pouvons nous permettre de la concevoir comme un problème lointain, abstrait, qui peut être « résolu » grâce à des mesures et des réformes sociales. Si jamais elle vient frapper à la porte, nous passons un appel téléphonique et la police vient pour « arrêter » la violence. Bien peu se rendent compte que ce que nous faisons est en fait de payer des mercenaires pour qu’ils usent de la force à notre place.

Quand des criminels se rendent pacifiquement, la plupart d’entre nous ne réalisent même pas que, si c’est le cas, c’est à cause de l’arme que porte le policier ou du fait que s’ils n’obtempèrent pas ils seront pourchassés, voire abattus, s’ils sont considérés comme une menace. Une menace pour l’ordre public s’entend.

Il y a environ deux millions et demi de prisonniers aux États-Unis. Plus de 90 % d’entre eux sont des hommes. La plupart d’entre eux ne se sont pas rendus. La plupart d’entre eux n’essaient pas de s’échapper parce qu’il y a des gardes dans une tour prêts à leur tirer dessus s’ils essaient. La plupart sont des criminels « non-violents ».

Tous les Messieurs Dupont, comptables, artistes engagés et maraîchers végétariens payent des impôts, et par procuration donnent des milliards pour nourrir un gouvernement qui maintient l’ordre grâce à la violence.

C’est quand cette « violence légitime » laisse la place à la loi du plus fort, dans le chaos d’une catastrophe naturelle par exemple, que nous ouvrons les yeux sur notre dépendance envers ceux qui maintiennent l’ordre par la violence.

Les gens pillent parce qu’ils le peuvent, et tuent parce qu’ils pensent qu’il n’y aura pas de punition. Dans ce genre de situation, trouver des hommes violents pour vous protéger d’autres hommes violents devient une affaire de survie.

Un ami me racontait une histoire à propos d’une de ses connaissances, un policier, qui je pense résume cela clairement.

Quelques ados traînaient près d’un centre commercial, devant une librairie. Ils faisaient les andouilles et narguaient les policiers locaux. L’un des agents était un vrai costaud, pas le genre de personne à qui vous voudriez chercher des noises. L’un des garçons lui dit qu’il ne voit pas pourquoi la société a besoin de policiers.

L’agent se penche vers lui et dit à cet adolescent maigrelet : « Est ce que tu as le moindre doute sur le fait que je pourrais te casser le bras et te voler ton livre si j’en avais envie ? » Le gamin, visiblement secoué par la brutalité de la question, murmure : « Non. »

« C’est pour ça qu’on a besoin de policiers, petit gars. »

George Orwell écrivait dans Notes sur le nationalisme que, pour le pacifiste, la vérité que « ceux qui refusent la violence ne peuvent le faire que parce que d’autres acceptent de la commettre en leur nom » est évidente, mais impossible à accepter. Beaucoup d’irrationalité découle de l’incapacité d’accepter notre dépendance passive à la violence pour assurer notre protection.

Des contes de fées dignes de la chanson « Imagine » de John Lennon corrompent notre capacité à voir le monde tel qu’il est, et d’être honnête avec nous-mêmes sur le côté inhérent de la violence dans la nature humaine.

Il n’y a aucune preuve pour avancer que l’homme est un animal pacifique.

Il y en a par contre beaucoup qui permettent de penser que la violence a toujours fait partie de notre quotidien. Chaque année des archéologues découvrent de nouveaux crânes avec des séquelles laissées par des armes ou des coups de poing. Les premiers codes civils étaient incroyablement brutaux.

Si nous nous sentons moins menacés aujourd’hui, si nous avons l’impression de vivre dans une société non-violente, c’est uniquement parce que nous avons cédé tant de notre pouvoir sur nos vies de tous les jours à l’État. Certains appellent cela de la logique, mais cela pourrait tout aussi bien être de la paresse. Une paresse très dangereuse qui plus est, vue le nombre de personnes déclarant ne pas faire confiance aux hommes politiques.

La violence ne vient ni des films, ni des jeux vidéo ou de la musique. La violence vient des gens. Il est temps de sortir de notre rêve soixante-huitard et de recommencer à être honnête à propos de la violence. L’homme est violent, et c’est normal. Aucune législation ne permettra de la faire disparaître. Au vu des preuves que nous possédons il n’y a aucune raison de penser qu’il puisse un jour exister la « paix dans le monde », ou que la violence puisse être « stoppée ».

Il est temps d’arrêter de s’inquiéter et d’apprendre à aimer la hache de bataille.

L’histoire nous apprend que si nous ne le faisons pas, d’autres le feront.